Comprendre les liens sociaux d'attachement…
Les liens sociaux d'attachement permettent de lutter contre l'isolement des jeunes sortant de l'Aide sociale à l'enfance en faisant en sorte que chaque jeune puisse mobiliser un capital social acquis pendant l'enfance et l'adolescence.
Objectifs
L'ambition de notre démarche est que tous les enfants et jeunes confiés à l'Aide sociale à l'enfance aient la possibilité de développer et maintenir des liens d'attachement, dans différents groupes (familiaux, dans le lieu de placement, à l'école, dans le cadre des loisirs, du voisinage).

… dans le contexte d'un placement
Lorsque l'on est confié à l'Aide Sociale à l'Enfance, plusieurs éléments produisent des ruptures sociales : changement de lieu de vie, fréquemment accompagné d'un changement de lieu de scolarité, la fin des liens d'amitiés de proximité (fratries, voisins, copains et copines de classe, des activités, du voisinage).
Ces personnes d'ancrage peuvent être perdues de vue au moment du placement si les professionnels ne mettent pas en place un processus d'émergence de l'existence de ces personnes : le remplissage d'un sociogramme peut être très utile en ce sens. Il s'agit ensuite de mettre en place une stratégie de maintien de ces liens (courriers, appels, visites) qui nécessitent quelquefois un travail de longue haleine (jugements, autorisations, etc.).
Ce processus, assez complexe et qui nécessite du temps dédié, est souvent peu valorisé, outillé et accompagné. Il arrive ainsi que de potentiels tiers disparaissent de l'histoire des enfants. Lors du placement, la perspective du développement et du maintien de liens d'attachement hétérogènes et qualitatifs reste encore assez peu partagée.
… dans le contexte d'un handicap
On s'aperçoit que handicap et placement vont souvent de pair. Les enfants confiés sont plus fréquemment reconnus en situation de handicap par la MDPH que le reste de la population. Cela interroge les liens entre la place du placement sur le handicap et inversement, le besoin de ressources complémentaires pour accompagner l'enfant dans sa scolarité ou ses soins.
Des travaux montrent que les personnes les plus vulnérables seront plus facilement « étiquetées » en raison de leur dépendance aux ressources de soin et santé, qui tendent à s'amenuiser ces dernières années et renforcent la compétition à l'accès à ces ressources.
Nous entendons souvent sur le terrain que nombreux sont les professionnels (culture, santé, scolarité) qui imaginent que la Protection de l'Enfance a des moyens spécifiques pour les enfants. Or ce n'est pas le cas : nos travaux montrent plutôt que les enfants confiés ont tout autant de difficultés que les autres à accéder aux dispositifs et professionnels de soin, de santé mentale, de scolarité — avec un impact extrêmement alarmant sur leur devenir.

De la recherche à la recherche participative

La recherche-action inclusive
La recherche dite « inclusive » se construit avec et pour les parties prenantes volontaires d'une recherche. Cet accompagnement permet de les inclure de manière effective à une démarche pour laquelle ils n'ont pas été formés comme le sont les chercheuses et les chercheurs.
Nous accompagnons et sensibilisons les participants à la méthode de recherche. Ensemble, nous formulons une question de recherche (problématique). À partir de cette question, nous testons des pistes (hypothèses) qui permettent d'y répondre. Nous décidons alors d'une méthode pour recueillir des informations (données) : entretiens, observations, discussions collectives, questionnaires, sociogrammes, etc. En fonction des informations qui émergent, nous en tirons des résultats mais aussi de nouvelles questions.
Cette méthodologie impose une éthique importante : respect de la propriété intellectuelle des contributrices et contributeurs, respect du droit à la protection des données personnelles et sensibles, et recueil du consentement éclairé par l'auto-détermination des personnes qui participent à la recherche.
L'implication des enfants à des recherches qui les concernent
Des travaux de recherche menés avec des enfants existent dans plusieurs disciplines mais restent peu nombreux. Cela peut s'expliquer par les enjeux éthiques comme les autorisations parentales, mais aussi parce que peu de personnes sont formées et que les méthodologies restent en émergence. Notre société reste influencée par l'idée que le savoir des adultes est plus légitime que celui des enfants.
C'est pourquoi nous nous associons à des experts et des réseaux (Fedrah, PSSM, Odile en bonne santé, Cause Majeur!, etc.) qui développent des savoir-faire nous permettant d'ajuster notre méthodologie, en collaborant avec des enfants au quotidien.
Il est important de distinguer le fait d'impliquer les enfants à des recherches qui les concernent, et la notion de « participation » des enfants confiés, qui relève de la loi du 2 janvier 2002. Cette loi introduit le droit pour chaque usager de participer à la définition de son projet et au suivi de son accompagnement. Notre démarche vise plutôt la transformation des pratiques institutionnelles et professionnelles et l'auto-détermination des enfants dès leur plus jeune âge, dans la compréhension et la participation de ceux-ci aux choix qui vont impacter leur vie.

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